Elle fut la tante de Corinne Luchaire: le portrait inédit de l'artiste Marguerite Fraenkel
Figure discrète du milieu intellectuel de l’avant-guerre, Marguerite Luchaire n’en est pas moins resté influente.
D’aucuns la connaissent au travers de son frère — le sulfureux Jean — ami et complice d’Otto Abetz, « Roi » de Paris sous l’Occupation.
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Mais d’autres, probablement plus lettrés, l’ont peut-être découvert au travers de sa liaison avec le dadaïste — puis surréaliste — Théodore Fraenkel.
Une aventure qui accoucha d’un mariage à la mairie du XVIIIème arrondissement de Paris, le lundi 27 février 1933.
Marguerite Lionelle Nanny Julie Luchaire a vu le jour dans le Rhône, à Caluire-et-Cuire. Au 73 Cours d’Herbouville. Le dimanche 25 décembre 1904. Son frère — Jean — est né trois an plus tôt, en 1901. Pour l’anecdote, Théodore Fraenkel sortait lui aussi d’un premier mariage, avec une certaine Bianca Maklès, ayant eu pour pseudonyme « Lucienne Morand ».
Sa nièce — Corinne — s’est éteinte trop tôt, alors qu’elle n’avait même pas passé la troisième décennie de sa vie.
Disons-le tout net: il y a eu un avant et un après 1940 dans la vie de cette famille à la réputation de soufre.
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Avant cette date fatidique, les Luchaire étaient des membres à part entière du gotha intellectuel parisien.
Après l’arrivée des chars gaulliens, ils ont fini jetés dans les ronces de l’Histoire: à tel point que porter un tel patronyme était quasiment devenu un boulet sur le plan réputationnel.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Les Nouveaux temps : quotidien du soir | Dir: Jean Luchaire | Date: 14 octobre 1942)
Et pourtant, quelques mois auparavant, Marguerite — ayant pris pour nom d’artiste « Ghita » — était fréquemment mise en avant dans le journal de son frère.
Comme l’illustre cet entrefilet d’octobre 1942, présentée ici comme l’égale d’un Maurice Daltour, d’un Lescot ou encore d’un Bogaleï.
Un coup de pouce journalistique qui ne permit néanmoins pas à celle-ci de passer à la postérité.
Son nom figure malgré tout parmi les personnalités les plus en vogue du Paris des années folles.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le théâtre Alfred Jarry et l’hostilité publique | Par Antonin Artaud et Roger Vitrac)
Figure centrale du quartier culturel de Montparnasse, cette « Montparno » y croisa notamment Picasso, Aragon, Duchamp, Soutine, Foujita…
Muse éphémère du peintre-photographe Man Ray à la fin des années 20, un portrait d’elle trône à la galerie New-Yorkaise Bruce Silverstein.
Elle y est représentée la figure à l’envers avec les cheveux retournés.
Une mise en scène en clair-obscur — quasi-onirique — qui lui confère une aura à la lisière du surréalisme.
Il s’agit-là d’une étrangeté originale qui semble résumé fidèlement l’identité singulière de cette personnalité artistique.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Bulletin des amis de Jacques Rivière et Alain-Fournier | Association des amis de Jacques Rivière et Alain-Fournier | Directeur: Alain Rivière | Date: 1er juillet 2009)
Sur le plan conjugal, cette dernière a connu deux mariages.
Un premier avec Louis-Labbé Denis, célébré le mardi 15 juillet 1924, dans le VIIème arrondissement parisien.
Le divorce fut prononcé moins de trois ans plus tard, le lundi 26 juin 1927.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Comœdia | Rédacteur en chef: Gaston de Pawlowski | Date: 1er avril 1924)
Puis un second avec le psychanalyste Théodore Fraenkel.
Là aussi, les deux ont fini par se séparer — et ce en pleine parenthèse vichyssoise — le lundi 21 juin 1941.
Ces deux unions n’ont au final accouché d’aucune descendance directe.
Après la condamnation du frère et de la nièce par la Cour de Justice de Paris, en 1946, elle tenta de refaire sa vie à l’ombre. Évitant ainsi le coup de soleil.
Elle posta d’ailleurs plusieurs petites annonces dans les gazettes, dont celle ci-dessous, pour exercer le métier de secrétaire.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | The New York herald tribune | Date: 21 mars 1948)
Cherchant des employeurs américains, elle espérait peut-être refaire sa vie de l’autre côté de la rive atlantique.
Et c’est le samedi 24 octobre 1987 qu’elle s’éteignit, à l’âge de 82 ans, aux Mureaux, dans les Yvelines.
Rares sont les articles de presse qui la mentionnent, malgré l’entregent qui fut le sien autrefois.
Celui-ci vise donc à modestement combler ce vide.


