Pierre de Hérain, le fils à particule de Madame la Maréchale Pétain

Né avec un patronyme en un bloc, Pierre Dehérain fit le choix — à l’instar de son père — de le scinder en deux, devenant ainsi « de Hérain ».

Une décision hautement symbolique qui illustre le tropisme aristocratique de cet homme qui fut presque considéré par certains « pétainocrates » comme le fils adoptif du Maréchal.

En effet, Pétain n’a jamais eu de descendance directe, bien qu’il épousa son amour de jeunesse dans la foulée du traité de Versailles, une certaine Alphonsine Berthe Eugénie Hardon.

Cette dernière sortait alors d’une première union qui s’était soldée par un divorce en 1913, avant de nouer une liaison avec le vainqueur de Verdun en plein 14-18.

L'arbre généalogique de Pierre de HérainLe beau-fils du Maréchal a vu le jour le dimanche 24 juillet 1904 à Avilly-Saint-Léonard. Et c’est au sein du XVIème arrondissement de Paris qu’il épousa Odette Bernheim-Stern en 1947. Cette dernière sortait alors d’un mariage avec un certain Robert Gompertz. Ensemble, ils eurent un fils unique, Philippe, né en juillet 1931.

Pierre de Hérain devint donc cette année-là le beau-fils par alliance du bouclier de la France contre les casques à pointe de l’Empereur Guillaume II.

Un titre flatteur qui le devint un peu moins lorsque débuta la parenthèse vichyssoise en juin 1940.

Le héros verdunois devint alors le traître de Montoire ; serrant la main d’un aquarelliste autrichien qui fit plané l’obscurité et la désolation sur le continent.

Néanmoins, il connut au cours de cet interlude collaboratif un pouvoir démiurgique — à n’en pas douter le poste le plus élevé de toute sa carrière.

Monsieur des Lourdines, Pierre Dehérain, 1942(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Filmagazine : revue de l’art cinématographique, théâtral et musical | Date: 16 octobre 1942)

Pour rappel, un an auparavant, il n’était qu’ambassadeur à Madrid dans une Espagne fraîchement franquiste — le voici désormais chef d’un État ratiboisé de sa capitale.

Ainsi, le fils de Madame la Maréchale put bénéficier jusqu’en 1944 d’un état de grâce qui lui permit de réaliser quelques productions cinématographiques comme le très méconnu Monsieur des Lourdines avec Germaine Dermoz comme actrice principale.

D’autres œuvres sortirent par la suite, mais l’arrivée des chars gaullo-américains à Paris mit un point final à cette activité mondaine.

Couvert des oripeaux du paria, il ne put que prendre acte de son déclassement socio-artistique.

Amour, Pierre de Hérain, 1947(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Humanité : journal socialiste quotidien | Date: 3 septembre 1947)

Le maréchalisme n’ayant plus le vent en poupe dans la France de Vincent Auriole, il rentra dans un désert professionnel dont il ne sortit plus jamais.

Sur le plan sentimental, il débuta sous l’Occupation une liaison avec une femme mariée à un Gompertz, du nom d’Odette Bernheim-Stern.

L'amour autour de la maison, film de Pierre de Hérain, 1947Sortie en 1947, cette réalisation « hérainienne » est l’adaptation d’un scénario de Roger Leenhardt. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Intransigeant | Date: 30 août 1947)

Cette dernière divorça en novembre 1945, avant de l’épouser à la mairie du très chic XVIème.

Mme Pétain chez l'ex-Maréchal, 1946

Mme Pétain et son fils, île d'Yeu, 1946(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | France-soir | Date: 26 mars 1946)

Ce couple des quartiers ouest-parisiens a vécu relativement frugalement tout en œuvrant, à partir de juillet 1951, à la réhabilitation du beau-père, décédé en captivité à Port-Joinville, sur l’Île d’Yeu.

Pierre de Hérain, Léonide Moguy, 1955Pierre de Hérain s’est occupé du montage d’un film de Léonide Moguy sorti en mars 1939, Le Déserteur. La vedette de cette production n’est autre que la fille de Jean Luchaire, une certaine Corinne. Celle-ci épousa un aristocrate en 1941, du nom de Guy de Voisins-Lavernière, avant de vivre une aventure avec un officier de la Lutfwaffe. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Ciné-révélation : le plus grand hebdomadaire du cinéma | Date: 1er janvier 1955)

En effet, la mort du Maréchal ouvra une bataille au sein de la Pétainie: celle des héritiers à particule.

D’un côté le couple de Hérain — beaux-enfants du Président vichyste — et de l’autre Yvonne Petyst de Morcourt, la petite-nièce du même homme.

Chacun voulant sa part du Pétain, ils se disputèrent le peu d’héritage matériel qu’il a pu léguer ; lui qui fut condamné pour indignité nationale le mercredi 15 août 1945, se faisant confisquer au passage la quasi-totalité de toutes ses possessions.

Pierre de Hérain, beau-fils du Maréchal Pétain, juillet 1951(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Essor du Congo : organe quotidien d’information | Date: 24 juillet 1951)

L’enjeu véritable étant de glaner le droit de se faire appeler « héritier » de cette figure historique.

Un titre prestigieux au sein d’une institution comme l’ADMP, qui n’est autre que l’Association de la Défense de la Mémoire de Pétain.

Pétain à sa femme, 1946C’est le peintre Philippe de Hérain qui finançait les voyages de Madame la Maréchale — accompagnée de son fils — vers l’île ogienne. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Liberté-soir : quotidien du Mouvement révolutionnaire socialiste | Date: 1er mars 1946)

Au final, la victoire judiciaire fut décrochée de justesse par le clan de Hérain, défendu par Maître Jacques Isorni.

La Maréchale et son fils, de Hérain, 1951(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Paris-presse, L’Intransigeant | Date: 22 avril 1951)

Lorsque Pierre s’éteignit en septembre 1972, c’est son épouse — Odette — qui devint son légataire universel, lui-même ayant été l’héritier exclusif de sa mère — Annie — décédée une décennie auparavant.

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