Suzanne de Bruyker, l'épouse à particule d'Otto Abetz
Épouse d’un nom qui rappelle les heures les moins éclaircies de l’Histoire, Suzanne de Bruyker est une femme dont la réputation suinte le soufre.
Née le lundi 20 août 1917 à Pontvallain, elle a lié son destin à un Allemand francophile qui fut l’ambassadeur du Reich en France sous l’Occupation.
- Interlude post-pétainocratique: Qu’est devenue l’épouse de Jean Luchaire — Françoise Besnard — après la condamnation de son mari en 1946 ?
Proche de Fernand de Brinon — surnommé narquoisement « l’ambassadeur de France à Paris » par ses détracteurs — il fut un acteur vilainement majeur de la parenthèse vichyste.
Architecte de la collabosphère, ce germanocrate pilotait sur son échiquier tous les pions tricolores au service de Berlin.

(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Aurore : organe de la résistance républicaine | Date: 13 juillet 1949)
Une partition qui lui offrit un immense pouvoir sur une France vaincue par le Blitzkrieg de la Wehrmacht en 40.
Jusqu’en août 1944, il fut indiscutablement l’un des maîtres absolus de Paris.
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Chapeautant l’Hôtel vichyssois du Parc du Maréchal, jusqu’à nommer — en décembre 1943 — un aristocrate d’outre-Rhin — du nom de Cecil von Renthe-Fink — afin de le surveiller au plus près.
Et malgré son pacifisme originel, il fut l’un des instruments de la prédation allemande à cette époque-là.



(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Radar : le tour du monde en 150 images | Date: 24 juillet 1949)
Transformant le voisin en colonie, et sa population en asservis via notamment le système coercitif du STO.
Un aspirateur à travailleurs alimentant la machine belliqueuse des casques à pointe.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | France-soir | Date: 13 juillet 1949)
Or, il se trouve que la dernière réalisation de Xavier Giannolli — centrée essentiellement sur la vie de Luchaire — met justement en scène ce chefaillon de la collaboration.
Abetz est ici interprété par l’acteur allemand August Diehl, quand sa compagne — Suzanne — est jouée par la comédienne française Lucile Vignolles.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Echo du Soir | Directeur Pierre Laffont | Date: 18 juillet 1949)
Issue de l’aristocratie française, Mademoiselle de Bruyker devint Madame Abetz en 1932.
Âgée de 25 ans cette année-là, elle ne se doutait probablement pas des turpitudes qu’allaient provoquer cette union matrimoniale dans sa vie.

(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Signal | Rédacteur en chef : Wilhelm Reetz ; Hugo Mösslang | Date: 2 avril 1941)
Huit ans plus tard, la capitale de son pays tombait dans l’escarcelle de cet époux germain, qui devint par la suite un paria international à Nuremberg.
Décidément, on ne choisit pas toujours le destin de l’homme avec lequel on se lie pour la vie.
Suzanne de Bruyker est interprétée dans Les Rayons et les Ombres par Lucile Vignolles. Dans ce court métrage inspiré de « Lost Highway », l’actrice joue aussi le rôle d’une épouse. (© Capture d’écran | Chaîne de Jeremy Puffet sur YouTube | Date: 6 juillet 2016)
Suzanne Abetz, quant à elle, occupa un poste de secrétaire de Jean Luchaire, à l’instar d’une certaine Simone Signoret.
À la tête d’un petit royaume médiatique, avec Les Nouveaux Temps, il dictait sur papier à l’opinion son idéologie.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Œuvre | Date: 4 octobre 1941)
Sa fille — Corinne — était influenceuse avant l’heure, mettant son vedettariat au service de papa.
Actrice star de la décennie précédente, elle avait un capital notoriété loin d’être insignifiant à cette période.
Une lumière éclaboussante qui servit de phare à la cause paternelle, compromis jusqu’au cou dans la boue collaborative.
Et ce, jusqu’à la déroute de Sigmaringen de 1944…
Abetz et Luchaire finirent alors sur les faubourgs de l’exil pour fuir le jugement final.
Tous deux furent condamnés ; l’un en 1946, l’autre trois ans plus tard, en 1949.

Dans ce reportage d’époque, on constate que l’ensemble des généraux du Reich derrière les barbelés américains s’occupent en jouant aux cartes ou en accomplissant des tâches du quotidien. Pour rappel: Abetz fut arrêté avec sa maîtresse, Erni Noah, le jeudi 25 octobre 1945. (© Capture d’écran Ina.fr | Les Actualités Françaises | Date: 9 novembre 1945)
En effet, c’est un vendredi 22 juillet 1949 que le tribunal militaire de Paris a prononcé une peine de 20 ans de travaux forcés à l’encontre de l’ancien maître de la ville.
Sa défense fut alors assurée par Maître René Floriot.
Le Président René Coty a par la suite fait le choix de le gracier en avril 1954 pour des raisons de santé.
Âgé de 51 ans, il retrouvait une liberté qui ne dura qu’un temps assez bref puisqu’il décéda — ainsi que son épouse — dans un accident de voiture près de Langenfeld, le lundi 5 mai 1958.
C’est une Volskwagen Coccinelle offerte par un ami qui fit office de dernier cercueil.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | V : magazine illustré du MLN | Auteur: | Mouvement de libération nationale | Date: 9 mai 1954)
D’aucuns, parmi les zététiciens zélés, s’imaginent que ce cadeau était en fait empoisonné.
Et qu’il s’agissait là d’une simple barbouzerie pour lui faire rencontrer la camarde.
Les causes de sa mort, quelques semaines avant le retour du Général de Gaulle aux affaires, restent — encore à ce jour — un mystère intact.
Monsieur et Madame Abetz ont su traverser la tempête ensemble jusqu’au dernier souffle.

(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Documents diplomatiques français. 1940, Tome II, 11 juillet -30 décembre | Ministère des affaires étrangères et européennes, Commission des archives diplomatiques ; Sous la direction de André Kaspi ; Rédigé par Françoise Berger, Claire Mouradian, Catherine Nicault)
Jamais cette dernière n’a songé à le quitter quand le poids de l’indignité médiatique est venue s’aplatir sur ses épaules.
Preuve de son attachement pour cet Allemand qui se proclamait ouvertement francophile au perchoir.


(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Franc-tireur | Date: 30 décembre 1948)
À ce jour, aucune descendance « abetzienne » n’est réellement connue.
Ainsi, Suzanne Abetz et son mari n’ont pas eu d’enfants ensemble.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’été 39 | Auteur: Maja Destrem)
À l’instar de la fille de Pierre Laval, mariée au Comte René de Chambrun.


