Chrese Evans, une Américaine à l'ascendance stalinienne
Naître Américaine avec une ascendance stalinienne: voici l’étrange paradoxe généalogique de Chrese Evans.
Elle a vu le jour à San Francisco en pleine guerre froide, possède la citoyenneté du pays de Washington: et pourtant, elle est la petite-fille du père de la Révolution bolchevik de 1917.
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Sa trajectoire de vie n’est pas sans rappeler celle du fils-héritier de Napoléon III: qui porta l’uniforme d’une armée qui a vaincu son grand-oncle à Waterloo en 1815.
Une espièglerie historique qui a ses raisons (et que la raison elle-même ignore probablement).
Lors de la parution d’un ouvrage biographique sur sa mère, Svetlana Alliluyeva, Chrese Evans est venue témoigner sur ce plateau télé américain. (© Capture d’écran | Chaîne de PBS NewsHour sur YouTube | Date: 16 juin 2015)
Il faut dire qu’il y a eu un avant et un après jeudi 5 mars 1953 dans la vie de sa mère, Svetlana Allilouïeva.
Fille du camarade Djougachvili, elle appartenait alors à la très haute soviétocratie.
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Un rang en société qui faisait d’elle l’égale d’une Tsarine à cette époque-là.
Deux ans avant le dernier souffle du père, elle s’était offert un mariage prodigieusement somptuaire.
Iekaterina Jdanova a vu le jour le vendredi 5 mai 1950, de son union avec Youri Jdanov, le fils de l’ancien président du Soviet suprême. Avant celui-ci, elle avait épousé Grigori Morozov (avant de divorcer en 1947) avec qui elle eût un fils, Joseph Morosov (né en 1945). Chrese Evans est quant à elle née le vendredi 21 mai 1971 en Californie, à San Francisco. Soit à plus de 9 500 kilomètres de Moscou, ville natale de sa mère. Son nom à l’était civil est alors: Olga Margedant Peters. Un an auparavant, en 1970, le père de cette dernière — l’architecte américain William Wesley Peters — épousa Svetlana. Le divorce fut prononcé trois an plus tard, en 1973.
La presse occidentale n’avait pas manqué de souligner le faste de cette cérémonie qui aurait coûté la bagatelle de plus de 100 millions de francs.
Une petite fortune qui a nourri les commentaires sardoniques des plumes les plus acerbes du marigot parisien.
Dans cette archive datant de 1971, on voit la mère d’Olga Peters répondre à quelques questions au sujet de sa fille. (© Capture d’écran | Chaîne de AP Archive sur YouTube | Date: 21 juillet 2015)
Certains osaient même la comparaison avec le Roi Farouk d’Égypte.
Une manière de mettre en lumière le caractère pharaonique des sommes engagées face à une union soviétique triomphante.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Populaire : journal-revue hebdomadaire de propagande socialiste et internationaliste | Date: 16 juillet 1951)
Par exemple, la traîne de la robe de mariée aurait coûté pas moins de 220 000 roubles.
Quand le trousseau était vaguement estimé à un million.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Télégramme de Brest et de l’Ouest | Date: 16 juillet 1951)
Tous ces montants à l’ostentation princière: les éditorialistes en ont fait des gorges chaudes.
L’objectif étant de mettre un coup de projecteur sur le train de vie aristocratique de ces nantis soviétocrates.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Ici Paris : grand hebdomadaire d’actualités et d’informations | Directeur: Henri de Montfort | Rédacteur en chef: Gabriel Perreux | Date: 30 juillet 1951)
Il faut rappeler que dans l’imaginaire européen de ce début de décennie 1950, les chars rouges étaient au porte de Paris.
Le PCF fédérait jadis un quart de l’électorat tricolore aux législatives de 51, ce qui correspondait à la démographie ouvrière du pays.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Franc-tireur : organe des Mouvements unis de résistance | Date: 6 janvier 1955)
Tous ces éléments étaient donc de nature à inquiéter Washington qui redoutait plus que tout de perdre ses Alliés européens en voyant l’avancement progressif du rideau de fer.
Ce qui explique, dès lors, toute cette agitation journalistique du sérail germanopratin.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Tunis-soir : quotidien politique et d’information | Date: 17 février 1955)
Hélas pour la fille de Nadejda Allilouïeva, la lune de miel ne s’est pas éternisée.
Quatre ans plus tard, elle finissait embastillée dans le cadre de la politique de déstalinisation de son successeur, un certain Nikita Khrouchtchev.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | 7 jours : grand hebdomadaire d’actualités | Date: 7 décembre 1941)
De la roche sibéro-tarpéienne au Capitole moscovite, il n’y a qu’un seul pas.
Contrainte à l’exil, elle traversa la rivière atlantique pour y refaire sa vie.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | En avant : bulletin hebdomadaire de l’Armée du Salut | Date: 1er juillet 1967)
Et c’est au sein de l’État du Wisconsin qu’elle mourra, le mardi 22 novembre 2011.
Sa fille, elle, se trouve dans celui d’Oregon, à Portland.
Aujourd’hui âgée de 54 ans, elle gère sur place un magasin d’antiquités.
Dans un article paru le dimanche 8 janvier 2012, Paris Match la présentait comme une femme libre, amoureuse de rock’n’roll.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | La Résistance de l’Ouest | Date: 12 novembre 1945)

Iouri Jdanov, père de Iekaterina, est donc le gendre du camarade-maréchal Staline. Son père était un candidat sérieux pour la succession de ce dernier à la tête de l’URSS. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Franc-tireur : organe des Mouvements unis de résistance | Date: 11 novembre 1945)
Loin, très loin, du folklore lénino-trotskiste.
On ignore en revanche ce qu’est devenue sa demi-soeur, Iekaterina Jdanova, dont l’aïeul est ni plus ni moins que le Général Andreï Jdanov.
Tout comme Staline, ce dernier n’a jamais connu sa petite-fille, lui qui s’éteignit deux ans avant sa naissance.


