Pétain est-il toujours Maréchal ? (ou pas)

Un militaire peut-il réellement perdre son grade de Maréchal ?

Quand Philippe Pétain fut condamné pour indignité nationale le mercredi 15 août 1945, la presse gaullienne s’était habituée à le présenter comme un « ex » — lui ôtant ainsi son titre honorifique attribué le jeudi 21 novembre 1918.

Or, en principe, le maréchalat est une dignité inamovible.

Et pourtant, l’Histoire de France regorge d’exemples de personnalités déchues de ce « titre de noblesse » militaire.

Vente aux enchères d'objets ayant appartenu à l'ex-maréchal Pétain, 1949(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Dernière heure | Date: 21 mai 1949)

On pense notamment à Charles de Gontaut-Biron, qui avait comploté avec les ligueurs catholiques contre le Roi Henri IV — et qui fut condamné à la potence le jeudi 29 juillet 1602.

Exécution qui se produisit deux jours plus tard au sein de l’enclos de la Bastille — cette déchéance avait immédiatement conduit au retrait de son épée ainsi que de son bâton de Maréchal.

Ou encore à Pierre Augereau et Auguste Frédéric Viesse de Marmont qui furent rayés de la liste des Maréchaux par Napoléon Ier, le lundi 10 avril 1815, à son retour d’Elbe.

Dès lors, peut-on toujours associer l’appellation de Maréchal au nom du héros de Verdun ?

Ex-Maréchal Pétain, 1951(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | France-soir | Date: 27 février 1951)

Dans les carnets du geôlier ogien de Pétain — du nom de Joseph Simon — un dialogue avec son épouse a été reporté au sujet de cette « dégradation nationale ».

Dans un premier temps, l’ex-Président vichyssois lui demande s’il a toujours conservé son titre de 1918, accordé par décret du Président Raymond Poincaré.

Citation: Pétain, mon prisonnier de Joseph SimonCitation extraite du livre: « Pétain, mon prisonnier » paru en 1978 aux éditions Plon.

Ce à quoi elle lui répond « Ne t’en fais pas, tu as le titre de maréchal de France et il n’y a rien à faire pour te l’enlever ».

Avant qu’une note explicative ne soit donnée en fin d’ouvrage — à la page 347 — faisant la liste de tous les « dégradés » mentionnés plus haut.

C’est donc maréchalement qu’il a bouclé le dernier chapitre de sa vie à Port Joinville, sur l’Île d’Yeu.

Philippe Pétain à l'Île d'Yeu en 1945(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | La France libre | Date: 17 novembre 1945)

Et bien qu’il ait été officiellement « démaréchalisé » en 45, il demeure — dans l’esprit des étranges thuriféraires de l’ADMP — une figure hautement prestigieuse du roman national.

Chaque 23 juillet — jour de son décès en 1951 — des pétainocrates viennent fleurir sa sépulture pour honorer sa mémoire.

Ex-maréchal Philippe Pétain en mai 1951(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Courrier du Maroc | Date: 29 mai 1951)

Dès lors, nul doute que le maréchalisme est une idée qui a fait son chemin…

Si tenté qu’il ait un jour réellement convaincu une majorité de Français, contraints à la collaboration sous le joug vichyste.

Retour en haut