Le jeune Pétain était-il un homme de gauche ? Sa descendance politique est-elle de droite ?

Le jeune Pétain avait 11 ans lorsque Karl Marx publia la première édition de son ouvrage Das Kapital.

Et bien qu’il n’ait jamais rejoint aucun parti politique dans sa carrière, on ne peut pas dire que le marxisme fut sa boussole idéologique… Loin de là.

Pourtant, son père — Omer-Venant Pétain — n’était pas du côté des exploiteurs du grand capital, lui qui exerçait le dur métier de paysan dans le Pas-de-Calais.

Dans sa jeunesse, le futur vainqueur verdunois eût un cadre de vie conservateur en suivant les enseignements prodigués par l’Église catholique.

Portrait du jeune lieutenant Pétain, bataillon de chasseurs

Jeune Pétain Jean Fangeat(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Petit Dauphinois | Date: 1er août 1941)

Entré au collège Saint-Bertin en 1867, il servit quotidiennement la messe comme enfant de cœur.

Un de ses oncles avait d’ailleurs choisi un sacerdoce d’abbé, à une époque où plus de 90% de la population française était chrétienne.

La défaite napoléonienne de Sedan, du vendredi 2 septembre septembre 1870, marqua un tournant décisif dans son destin.

Profondément humilié, comme 38 millions de ses compatriotes, c’est à cet instant précis qu’il choisit de servir sa patrie gourdin à la main.

Philippe Pétain au collège Saint-Bertin à Saint-Omer

Philippe Pétain aux dominicains d'Arcueil

Sous-lieutenant Philippe Pétain 1878

Lieutenant Pétain 1888

Colonel Pétain 1910

1856, Naissance de Philippe Pétain à Cauchy-la-Tour(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | France-Illustration | Date: 28 juillet 1951)

L’Alsace-Lorraine venait alors de tomber dans l’escarcelle voisine, la IIIème République fut proclamée, et l’État devait en plus s’acquitter d’une indemnité de guerre à hauteur de 5 milliards de francs-or.

Nul doute qu’il se disait déjà intérieurement: « Courage ! On les aura ! »

Et c’est un aristocrate de province, le Baron Édouard Moullart de Vilmarest, qui prit en charge financièrement les études militaires du futur Président vichyste.

Présenté à ce dernier par son oncle, l’abbé Legrand, il fut convaincu des qualités évidentes de l’adolescent, qui excellait alors en géométrie et en grec.

Le buste du Maréchal Pétain en 1941

Servir a dit Pétain en 1941(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Petit Marocain | Date: 6 févier 1941)

C’est donc au collège des Dominicains d’Arcueil qu’il prépara le concours d’intégration à Saint-Cyr — école spéciale militaire qu’il a fini par intégrer en 1876.

Membre de la promotion Plewna, il eût comme camarade de classe un futur Saint catholique, en la personne du Vicomte Charles de Foucauld.

Loin de surperformer sur les bancs estudiantins, il entra parmi les tous derniers de sa promo en étant 403ème (sur 412 participants).

Il accéda au grade de capitaine en 1890, soit un an après un certain Alfred Dreyfus.

Jeunesse de France, Pétain, 1941(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Journal de Ruffec | Date: 16 février 1941)

Au cours de l’affaire qui porta le nom de celui-ci, le futur Maréchal n’a pas publiquement pris position.

Âgé de 38 ans en 1894, il est affecté l’année suivante à l’état-major de l’armée, le mercredi 17 juillet 1895.

Ni dreyfusard, ni anti-dreyfusard: il a confié à Henry du Moulin de Labarthète — son éminence grise sous Vichy — qu’il a toujours cru à l’innocence de Dreyfus, sans pour autant prendre sa défense dans les médias.

Serviteur de la Grande Muette, ça n’était pas non plus sa vocation de rédiger une lettre zolienne dans la France déchirée des années 1890.

Le général Pétain en 1917

Général Pétain dans le Petit Journal

Pétain Camarade de classe(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Petit journal | Date: 2 mai 1917)

L’ascenseur social mis sur pied par la République a permis au jeune Pétain de s’élever en société vers les plus hauts sommets tricolores.

Homme à femmes accompli, il multiplia les conquêtes horizontales avant de « se ranger » en 1920 avec Alphonsine Berthe Eugénie Hardon — ce qui ne l’empêcha pas de butiner d’autres fleurs par la suite.

Et pourtant, il avait plus tôt tenté d’épouser des noms plus illustres que le sien comme Antoinette Berthelin, Marie-Louise Regad ou encore Lucie Delarue…

Mes ses demandes furent systématiquement rejetées car il n’était alors qu’un officier de second ordre, pas assez gradé pour mériter ces donzelles de la très haute société parisienne.

Chambre natale du jeune Pétain en 1856

Omer-Venant Pétain Clotilde Legrand, 24 avril 1856

Philippe Pétain, Maréchal de France, 1940-1944Clotilde Alexandrine Legrand, sa mère, a épousé Omer-Venant le lundi 10 février 1851. Il a vu le jour dans une famille terrienne de sept enfants. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | La vie illustrée du maréchal Pétain | Auteur: Jean Tracou [1891-1988])

Sa modeste condition originelle fut donc un frein à ses débuts, comme si venir de la basse était encore rédhibitoire en cette fin de XIXème siècle.

Hypergame dans ses choix amoureux, on peut dire qu’il avait l’ambition chevillée au corps.

Ni de gauche, ni de droite: il n’a jamais rejoint les rangs d’un quelconque parti à cette époque, car les soldats sont généralement tenus à un devoir de réserve.

Son premier poste ministériel fut accordé sous la Présidence de Gaston Doumergue, qui lui confia le portefeuille de Ministre de la Guerre en févier 1934.

Famille Pétain, Omer-Venant, Legrand, 1940Omer-Venant, le père, était un cultivateur. La famille Pétain n’appartenant pas à la haute bourgeoisie provinciale. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Monde illustré, Miroir du monde | Date: 25 mai 1940)

Six ans plus tard, les pleins pouvoirs lui furent accordés par les élus du Parlement, au rang desquels on pouvait dénombrer 90 députés socialistes de la SFIO.

Inutile de rappeler qu’il accrocha la Francisque de ses propres mains au costume du jeune François Mitterrand, futur Président PS du pays en 1981.

Fantôme des socialistes post-modernes, cette décoration vichyssoise ne fut révélée qu’en 1994 par l’auteur Pierre Péan, dans un ouvrage intitulé « Une jeunesse française ».

Jusqu’en 1992, sa sépulture sur l’Île d’Yeu fut annuellement fleurie par « Tonton » — un hommage depuis interrompu sous le poids du scandale.

Pétain, fils de la terre, 1940(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Journal | Date: 24 novembre 1940)

C’est un truisme que d’affirmer que ses descendants politiques ne sont pas encartés à LFI.

Décédé le lundi 23 juillet 1951, à Port Joinville, il s’est crée autour de sa mémoire une forme de « pétainocratie ».

Chaque année, ces « pétainocrates » se rendent en pèlerinage mémoriel sur sa tombe ogienne en vue de l’honorer en grande pompe.

Si son épouse — Annie Pétain — a été son légataire universel, ses héritiers patrimoniaux furent ensuite son beau-fils — Pierre de Hérain — et enfin sa belle-fille par alliance — Odette Bernheim-Stern.

Famille Pétain, Pierre Pellissier (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Philippe Pétain | Auteur: Pierre Pellissier)

Cette dernière a d’ailleurs tenté une oeuvre de réhabilitation — secondée par le très talentueux Maître Jacques Isorni — qui s’est soldée par un échec cuisant.

Le fils unique de celle-ci, Philippe Gompertz — issu d’un premier mariage avec Robert Edmé Sylvain Gompertz — a choisi de refuser cet héritage encombrant.

Bien que la sépulture de ce beau-petit-fils par alliance se trouve actuellement aux côtés de Madame la Maréchale, à la XXIXème division du cimetière du Montparnasse.

Pour rappel: le Maréchal n’a pas eu de descendance directe, dans la mesure où son mariage n’a pas donné lieu à la naissance d’un enfant.

Mme Robert Gompertz, Philippe, 1931Philippe Gompertz est le fils unique de la belle-fille par alliance du Maréchal, Odette Bernheim-Stern. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Comoedia | Rédacteur en chef: Gaston de Pawlowski | Date: 29 juillet 1931)

Et même si la postérité a retenu de lui l’image d’un « homme de droite », faut-il rappeler que Jacques Doriot a fait ses débuts au PCF dans les années 1920 ?

Sans oublier Marcel Déat — du RNP — qui a fait ses premières armes à gauche dans les rangs de la SFIO.

Le doriotisme — incarné par le PPF — était un mélange de collaborationnisme et de conservatisme.

Le pétainisme n’était donc pas un bloc monolithique, mais plutôt une fresque composée d’individus aux multiples horizons passées.

Retour en haut