Portrait de Lise Bloch, la première épouse d'un "aristocrate de la démocratie"

La postérité a retenu de Lise Bloch son mariage avec un « aristocrate de la démocratie » — pour reprendre les termes du journaliste Léon Treich — en la personne de Léon André Blum.

La cérémonie s’est déroulée dans le VIème arrondissement de Paris, le mercredi 19 février 1896.

Âgé de 23 ans au moment des faits, cette union dura 35 ans — avant qu’il n’épouse Thérèse Pereyra, en décembre 1932, puis Jeanne-Thérèse Levylier, en 1943.

Toutes ces femmes de l’ombre ont donc côtoyé de près le nec plus ultra de l’aristocratie républicaine.

Madame Léon Blum 1937(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | La Dépêche d’Indochine : quotidien indépendant | Date: 11 mars 1937)

Élu chef du gouvernement français en 1936, sous la houlette du Front populaire, il fut embastillé au cours de la parenthèse vichyssoise au fort du Portalet.

Le destin étant parfois espiègle, Pétain fit un bref passage dans ce même pénitentiaire avant d’être transféré sur l’Île d’Yeu, jusqu’à son expiation en 1951.

Affublé — par les pétainocrates — du titre larmoyant de « plus vieux prisonnier du monde », ce dernier mourut à Port-Joinville aux côtés de son épouse — Annie — qui s’est entièrement investie à la sauvegarde de sa dignité.

Il est clair qu’il y a eu un avant et un après 1940 dans la relation entre les deux hommes.

Léon Blum, un aristocrate de la démocratie, 1947(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Rafales-Afrique : le grand journal de l’Union française | Date: 2 janvier 1947)

Lorsque le vainqueur de Verdun fut nommé ambassadeur de France à Madrid — capitale tenue depuis 1936 par un Caudillo d’un mètre soixante-trois — ce cacique de la SFIO le définissait alors comme « le plus noble, le plus humain de nos chefs militaires ».

Ne comprenant pas cette nomination surprenante qui ne pouvait, selon lui, qu’être une « faute de goût » — qualifiant au passage le chef d’État espagnol d’« apprenti dictateur » (la suite lui donnera tristement raison).

Madame Léon Blum 1947(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Paris actualités | Directeur général gérant: Albert Plécy] | Date: 7 avril 1946)

La patrie franquiste fut par la suite une terre d’accueil pour tous les vaincus tricolores de 45.

De Léon Degrelle à Darquier de Pellepoix, chacun de ces thuriféraires du Reich trouva chez le voisin ibérique un refuge inespéré.

Jacques Isorni, l’avocat du Maréchal, y fut même reçu en grande pompe en 1950.

Arbre généalogique de Léon Blum Mary Adèle Julie Amélie Elise Bloch vit le jour le samedi 27 novembre 1869 dans le Vème arrondissement de Paris. Elle expia le vendredi 4 décembre 1931 dans le XIVème.

Preuve supplémentaire du tropisme vichyssois de Franco, malgré la condamnation de ce régime collaborationniste à Nuremberg.

À n’en pas douter, il aurait probablement voulu offrir à ce « mariscal » une retraite paisible le long des côtes méditerranéennes.

Léon Blum Mariage 1947(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Populaire de l’Ouest | Date: 27 juin 1947)

Hélas pour lui, le sort en a décidé autrement: car le « doyen de l’humanité carcérale » expia à l’âge 95 ans en terre ogienne, loin — très loin — de Douaumont.

Un épisode à la lisière du pathétique pour un homme jadis célébré par tout un peuple acquis à sa cause.

Le Maréchal Pétain, Franco, Léon Blum, Le Populaire, 1939(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Populaire : journal-revue hebdomadaire de propagande socialiste et internationaliste | Date: 3 mars 1939)

Le vendredi 27 juillet de 1945, Léon Blum fut interrogé par Maître Payen au sujet des propos laudateurs qu’il pouvait tenir — six ans auparavant dans la presse — lorsqu’il évoquait la figure du Maréchal.

Léon Blum, Jacques Isorni, 1940Citation extraite de la page 109 du livre: « Le Condamné de la citadelle ». Paru en 1982 aux éditions Flammarion.

Celui-ci lui répondit alors: « J’ai vécu, à cet égard, dans la même illusion que la France entière. ».

Léon Blum, Maître Payen, 1945

Portrait Léon Blum, 1945(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Figaro : journal non politique | Date: 28 juillet 1945)

Une illusion perdue suite à la compromission avec le voisin germain lors de cette poignée de main à Montoire du jeudi 24 octobre 1940.

Pourtant, certains osent encore affirmer que le Président vichyste aurait habilement « finassé » ce jour-là pour mieux faire le jeu des Alliés en arrière-boutique.

Faire part Madame Léon Blum 1935(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Les Dernières nouvelles de Strasbourg | Date: 21 mars 1935)

C’est notamment le cas du diplomate allemand Cecil von Renthe-Fink, qui — dans un entretien accordé à La Libre Belgique en novembre 1947 — a déclaré que cette rencontre a constitué « la plus grande défaite de toute le politique allemande vis-à-vis de la France ».

Nommé par Otto Abetz à Vichy en décembre 1943, ce dernier avait pour mission de « chaperonner » l’Hôtel du Parc pour mieux le satelliser à Berlin.

C’est notamment lui qui organisa — le dimanche 7 mai 1944 — la fuite du couple Pétain au château de Voisins, près de Rambouillet (comme un prélude à Sigmaringen).

Il a alors jugé que sans Montoire, il n’y aurait pas eu de débarquement anglo-saxon au Maghreb, lors de l’opération Torch de novembre 1942.

Citation Cecil von Renthe Flink

En effet, seule la piétaille vichyssoise défendait les côtés nord-africaines, car la pétainocratie était parvenue à conserver un semblant de souveraineté sur place.

Dans un scénario uchronique, on peut imaginer que la Wehrmacht aurait (peut-être) mieux défendu ce territoire.

On peut donc sans peine concevoir que les affres de la défaite a dû rendre Son Excellence un peu « vachard »…

L’épisode montoirien reste une tâche indélébile dans ces heures sombres de la collaboration pétainocratique.

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