Héritière de la dynastie Stern, protégée par Pétain, le destin peu commun de la Marquise Marie-Louise de Chasseloup-Laubat

De tous les amis qui ont pu composer le cercle rapproché du Maréchal Pétain, Marie-Louise Stern est probablement la plus singulière.

Héritière du Baron Louis Antoine Stern, ce dernier fut l’un des grands stratèges du capitalisme français du XIXème siècle.

Haut couturier de la haute finance, il expia quatre mois avant l’union de sa fille avec le Marquis Louis de Chasseloup-Laubat, au cours de l’année 1900.

Cette ascendance sociale prestigieuse lui a ouvert les portes de l’aristocratie tricolore — tout comme sa sœur, Lucie-Ernesta — mariée en avril 1904 avec le Baron Louis Charles Pierre Girot de Langlade.

Arbre généalogique de Marie-Louise Stern, Marquise de Chasseloup-LaubatMarie-Louise Fanny Clémentine Thérèse Stern est la grand-mère maternelle de la première épouse d’Albin Chalandon.

Convertie au catholicisme, elle a mis au monde trois enfants, dont deux filles qui eurent le vainqueur de Verdun pour témoin de mariage.

La première — Magdeleine — s’est unie au Prince Achille Murat, le mercredi 14 mars 1923.

La fille aînée de cette dernière — la Princesse Salomé Murat — a épousé le résistant gaulliste Albin Chalandon, 17 jours avant le décès de l’ex-Maréchal sur l’Île d’Yeu, en juillet 1951.

Sous l’occupation, celle-ci s’est rendue à l’Hôtel vichyssois du Parc pour demander au Président Pétain une mesure d’exemption afin de protéger sa famille.

Marquise de Chasseloup-Laubat, 1948

La marquise de Chasseloup-Laubat, 1948

Marquise de Chasseloup-Laubat en tenue d'équipage bleu de roi(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | La Femme chic | Dir: Pierre Louchel ; André Thiébaut | Date: 1er janvier 1948)

Traquée par la prédation gestapiste, du fait de leurs origines, elle risquait l’arrestation imminente par les forces occupantes.

C’est ainsi qu’il a pu, au travers d’un courrier rédigé par le Docteur Bernard Ménétrel à Brinon, exiger que ses amis soient exemptés du malheur qui allait les frapper imminemment sous peu.

Portrait Marquise Marie-Louise de Chasseloup-Laubat, 1923

Marquise de Chasseloup-Laubat, 1923(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Vogue | Date: 1er janvier 1923)

Ce geste plein d’aménité suscite encore la controverse, plus de huit décennies après la capitulation de l’Allemagne.

Collaborateur en chef de la parenthèse vichyste, il apparaît malgré tout qu’il ait eu quelques sursauts de résistance à son actif (bien qu’ils aient été trop modestes pour permettre une libération complète du pays).

Marquis de Vivier, Marquise de Chasseloup-Laubat, 1938(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Adam : revue des modes masculines en France et à l’étranger | Date: 15 septembre 1938)

L’auteur Damien Roger a consacré un ouvrage entier à cet épisode peu connu de l’Histoire de France.

Paru aux éditions PRIVAT, il retrace le parcours de trois femmes — nées Stern — qui épousèrent des aristocrates de haut rang et qui furent le gibier de cette chasse impitoyable.

Marquise de Chasseloup-Laubat, forêt Hallate (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Bien public : Union bourguignonne | Date: 11 novembre 1935)

Hélas, la soeur de Marie-Louise — Lucie-Ernesta — n’est pas parvenue à échapper aux fourches caudines de cette traque injuste.

Le lundi 3 janvier 1944, les Allemands se pointèrent au château familial de Cuts, dans l’Oise, pour l’embarquer dans un camion bâché, direction Noyon.

Baronne de Langlade, 1926(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Les Modes | Date: 1er septembre 1926)

Emmenée à Drancy, elle fut ensuite conduite dans un train pour le sud de la Pologne.

On ne la revit plus jamais.

À la libération, sa sœur continua de fréquenter Madame la Maréchale malgré la condamnation de son mari pour indignité nationale, le mercredi 15 août 1945.

Marquis de Chasseloup-Laubat, Marie-Louise Stern, 1900(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | L’Illustration : journal universel | Date: 16 juin 1900)

Dans une lettre datant du mercredi 12 mai 1948 — rapportée par Jacques Isorni dans son ouvrage « Le condamné de la citadelle » — Annie Pétain relate l’aide précieuse de la Marquise de Chasseloup-Laubat, qui la conduisit « de force » chez le médecin pour soigner son mal de jambe.

Preuve supplémentaire de sa fidélité en amitié, malgré le statut de paria qui frappait alors l’ancienne Première dame de Vichy.

Elle expia moins deux ans après celle-ci, le jeudi 9 janvier 1964, à l’âge de 84 ans.

Selon une publication Twitter de son arrière-petit-fils, Fabien Chalandon, le Crédit Suisse aurait des « comptes » à lui rendre.

Si ce dernier souhaitait développer ce témoignage, qu’il n’hésite pas à nous contacter.

Retour en haut