Portrait d'Odette Bernheim-Stern, belle-fille et héritière du Maréchal Pétain
Héritière et belle-fille de Pétain, Odette Bernheim-Stern est une figure familière de la pétainocratie.
Discrète mais non moins influente, elle épousa le fils de Madame la Maréchale au lendemain de la guerre, en juin 1947.
- Parenthèse délicate: Jacqueline de Castex, cette autre rivale qui aurait pu prendre la place d’Eugénie Hardon (et oui, certaines batailles se jouent parfois dans les alcôves)
Un mariage en catimini qui a définitivement lié cette maréchaliste à la pétainosphère la plus militante.
Habituée des voyages en mer vers l’Île d’Yeu, elle rencontra le héros verdunois pour la première fois dans sa cellule du Fort de Pierre-Levée, lui faisant cadeau d’un stylo à encre.
Née le dimanche 26 janvier 1902 dans le XVIème arrondissement de Paris, Odette Mamie Henriette Stern fut adoptée en 1938 par sa tante, Marie Sarah Stern — veuve Bernheim. C’est au cours de cette adoption qu’elle concaténa son patronyme de jeune fille à ce dernier. Elle divorça de son premier mari — Robert Edmé Sylvain Gompertz — en novembre 1945. Moins de deux années plus tard, elle épousa le beau-fils de Pétain, Pierre de Hérain, à la mairie du 16ème.
Ça n’était pas la première fois que cette figure historique rencontrait un membre de la famille Stern.
Avant elle, Marie-Louise Stern — devenue par mariage la Marquise de Chasseloup-Laubat — a aussi côtoyé le Président vichyssois jusqu’au dernier chapitre de sa vie.
- Intermède interlope: Quand Gabrielle Chanel pratiquait sous l’occupation une forme de collaboration « horizontale » avec un aristocrate allemand
Leur amitié était si intense, qu’il fut le témoin de l’union de ses deux filles, Magdeleine et Yolande.
Sous l’occupation, sa petite-fille — la Princesse Salomé Murat — fit le déplacement à l’Hôtel du Parc pour demander à son locataire de bénéficier de la protection du parapluie vichyste en exemptant sa famille de la prédation gestapiste.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Figaro : journal non politique | Date: 27 novembre 1924)
Une requête qui les sauva du bruit des bottes qui teintait non sans infamie les trottoirs de France.
Maître Jacques Isorni — le défenseur du Maréchal — évoqua cette promiscuité entre Marie-Louise et Annie Pétain dans son ouvrage « Le condamné de la citadelle » ; allant jusqu’à conduire cette dernière chez un médecin pour soigner un mal de jambe qui la rongeait sévèrement en l’an 1948.
Citation extraite de la page 245 de cet ouvrage. Paru en 1982 aux éditions Flammarion.
Pour l’anecdote, la Princesse Murat épousa une haute figure de la résistance gaulliste 11 jours avant le décès du vainqueur de Verdun, en juillet 1951.
Celui-ci n’est autre qu’Albin Chalandon, qui devint Garde des Sceaux sous François Mitterrand, avant de contribuer au décollage professionnel d’une certaine Rachida D.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Rivarol | Dir: René Malliavin | Date: 17 avril 1953)
Légataire universelle de cette gloire déchue, Madame Pétain tenta — non sans ruser — de sauver les possessions du couple.
Mariée sous le régime de la séparation de biens, elle vivait dans le même immeuble que son époux, au même étage, mais pas dans les mêmes appartements.


(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Paris-presse, L’Intransigeant | Date: 25 avril 1951)
Reliés par un salon mitoyen, ils vivaient séparés sans pour autant être éloignés.
Ainsi, les espaces de son logement du Square de La Tour-Maubourg ne furent pas mis sous scellé en août 1945, lorsque celui-ci fut condamné pour indignité nationale.
Extrait d’une lettre du Maréchal à son épouse, Annie, datant du mercredi 17 septembre 1947. Trouvable page 222 du livre d’Isorni cité plus haut.
C’est alors qu’elle sauva furtivement la plupart de ses cartons pour éviter que ses effets personnels ne soient mis aux enchères.
Sans elle, il est probable que des pans entiers de sa mémoire auraient été dissous dans la nature.
Citation tirée d’une biographie de Pétain rédigée par l’historien américain Herbert R. Lottman. Parue en 1984 aux éditions Le Seuil.
Lorsqu’elle décéda en janvier 1962, c’est son fils unique — Pierre de Hérain — qui devint le légataire universel de cette légende noire.
Durant une décennie il porta le flambeau du maréchalisme — non sans discrétion — avant de le passer à son épouse, Odette de Hérain, en septembre 1972.
Celle-ci dû affronter l’offensive judiciaire lancée par le gendre de la petite-nièce de Pétain, Louis-Dominique Girard.
Marié à la fille d’Yvonne Petyst de Morcourt — une certaine Marie-Édith — il a cherché à démontrer devant les juges la nullité du testament rédigé à la prison de Montrouge, le samedi 21 juillet 1945.
D’un point de vue stricto sensu généalogique, le Maréchal est l’arrière-grand-oncle par alliance de Louis-Dominique Girard. Ce dernier s’est marié avec la fille de sa petite-nièce en octobre 1949.
Invoquant l’article 29 du Code pénal — qui rend nul le testament d’un individu condamné à une peine à perpétuité — il a cherché à déshériter le couple Hérain, lui qui pouvait se targuer d’être un arrière-petit-neveu par alliance au huitième degré.
Après plusieurs années de bataille au parquet, cette guerre des héritiers pétainistes accoucha, le lundi 19 juin 1972, d’un arrêt de la Cour de Paris qui fustigea cette requête ; estimant que « les époux de Morcourt » auraient dû « s’abstenir d’une telle action, par respect pour les volontés de leur grand-oncle ».
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Journal de Saône-et-Loire : Le Progrès, Le Courrier | Dir. publ: François Prétet | Date: 23 avril 1951)
Défendue par Isorni, Madame de Hérain s’est solidement cramponnée à la décision de son beau-père par alliance, plusieurs décennies auparavant.
Héritière sur le plan patrimonial — si tenté qu’il en reste un au regard des confiscations effectuées en 45 — elle le fut aussi sur le terrain mémoriel.
(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Combat : organe du Mouvement de libération française | Date: 5 novembre 1949)
En effet, quand le cercueil du Maréchal fut subtilisé par Hubert Massol et son « commando » dans la nuit du 18 au 19 février 1973, c’est elle qui — dans les médias de grand chemin — prit position pour le transfert de sa sépulture à l’ossuaire de Douaumont.
Et contrairement à Maître Tixier-Vignancour, habitué des coups de force, elle militait pour le recours légal et non l’emploi de « barbouzes » pétainocratiques rarement concluantes — quand elles ne viraient pas au glauque.
Pour rappel, les restes mortuaires furent retrouvés quelques jours plus tard dans un boxe miteux à Saint-Ouen… Loin, très loin, des prairies verdunoises.
(© Capture d’écran Ina.fr | Journal Les Actualités Françaises | Date: 2 août 1951)
Preuve que Massol et ses hommes de main étaient plus proches des Pieds nickelés que d’Arsène Lupin.
Lorsque Odette Bernheim-Stern rendit son dernier souffle, le vendredi 23 mai 1986 à Neuilly-sur-Seine, l’opinion que les Français avaient de Pétain restait globalement hostile.
Propos rapportés par Isorni à la page 10 de son livre-réaction à celui de Joseph Simon (accompagné des commentaires de Pierre Bourget): Pétain, mon prisonnier. Publié en 1978 aux éditions Plon.
Perçu comme un traître objectif à la patrie, sa rencontre à Montoire avec le camp ennemi, en octobre 1940, a jadis sonné le glas de la grandeur tricolore ; devenue vassale de son voisin.
Au final, on ne choisit pas sa postérité, on la subit.

(© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Le Quotidien juridique | Date: 4 août 1948)
Madame de Hérain repose aujourd’hui auprès de Madame la Maréchale, à la XXIXème division du cimetière du Montparnasse, aux côtés de son mari — Pierre — et de son fils unique — Philippe Gompertz — décédé en novembre 2016 à Baux-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.
Ce dernier est, sur le plan généalogique, le beau-petit-fils par alliance du Maréchal.
Dans une lettre rédigée par sa mère, datée du vendredi 13 octobre 1978, il est dit qu’il a fait le choix de renoncer à cet héritage.

Extraits d’une lettre d’Odette de Hérain. Rédigée en 1978.
D’une infime discrétion, il n’a jamais souhaité prendre publiquement la parole à ce sujet.
À défaut d’avoir une descendance biologique, le natif de Cauchy-la-Tour peut au moins se targuer d’avoir une « dynastie » d’héritiers mémoriels.
En épousant Marie-Édith Petyst de Morcourt, Louis-Dominique Girard a rejoint — « par la cuisse » — ce cercle familial. Une alliance au goût de souffre en ce début d’ère post-maréchaliste. (© Capture d’écran | Source gallica.bnf.fr / BnF | Alger républicain | Directeur: Pascal Pia | Date: 13 octobre 1949)
D’ailleurs, sa ferme cauchoise a été rachetée il y a quelques décennies par l’ADMP.
Un lieu de pèlerinage incontournable pour l’ensemble des pétainologues de notre siècle.
Si tenté qu’on puisse trouver un réel avenir à cette discipline originale qu’est la « pétainologie »…


